Le début de l’univers

Soumis par Regnum Christi le mar 07/08/2018 - 14:58
par le P. Raymond Jubinville, LC
Dans le premier article de cette série, nous avons vu que la science, la foi et la raison recherchent toutes les trois la vérité, mais chacune avec ses propres objectifs et méthodes. Nous avons dit que la science et la foi sont aussi différentes que la lumière et le son : on ne les détecte pas de la même manière. Pour cette raison, la Bible ne doit pas être lue comme si elle était un livre scientifique, et l’on ne doit pas attendre de la science qu’elle réponde à des questions spirituelles. Néanmoins, dans certains domaines, toutes les deux peuvent nous aider à mieux connaître une même réalité. C’est le cas en ce qui concerne le début de l’univers.

L’univers est-il éternel et figé ?

Parler d’un début de l’univers semble évident aujourd’hui, mais cela n’a pas été toujours le cas. À l’époque où Albert Einstein développait sa théorie de la relativité (1915), la majorité des scientifiques était convaincue que l’univers était éternel et fixe : il avait toujours existé et il existera toujours, tel que nous le voyons aujourd’hui. La révélation judéo-chrétienne, pour sa part, affirmait que l’univers avait un début : la Bible dit qu’au « commencement » tout a été créé par Dieu. La foi chrétienne dans la création de l’univers contredisait donc le consensus scientifique de l’époque. Science et foi semblaient en conséquence être en contradiction sur le même sujet.

Une contradiction entre science et foi ?

Cette situation était problématique pour les chrétiens car l’Église est convaincue qu’une vérité scientifique ne peut pas contredire une vérité de foi (et vice versa, cf. catéchisme de l’Église catholique, n° 159). Pourquoi ? Voici le raisonnement de l’Église : étant donné que Dieu dit toujours la vérité, que c’est lui qui a créé tout ce que la science peut étudier, que les lois naturelles que lui-même a inscrites dans la nature sont stables, et que c’est ce même Dieu qui a inspiré les auteurs de la Bible, ce que l’on découvre scientifiquement dans la nature doit nécessairement être en harmonie avec ce que Dieu nous enseigne dans la Bible. En conséquence, si une théorie scientifique et une interprétation théologique expriment quelque chose de contradictoire sur une même réalité, l’une des deux (ou toutes les deux) doit forcément être en train de se tromper. Cela fait partie du principe de non-contradiction ( cf. Aristote, Métaphysique, livre Gamma, chap. 3, 1005 b 19-20). Une telle contradiction entre science et foi existait, à l’époque d’Einstein, au sujet de l’univers : était-il éternel ou avait-il un commencement ?

Il fallait chercher une solution. Et c’est ce que fit le chanoine Georges Lemaître. Lemaître était prêtre, astronome et physicien. Il était simultanément un homme de foi et un grand scientifique, et il n’est pas le seul (Copernic, Mendel, etc.). Sa vie démontre que science et foi peuvent coexister d’une manière cohérente dans la tête d’une personne intelligente. Comme dans un mariage entre un homme et une femme, l’union de science et foi n’est pas toujours facile et parfois il y a des disputes, mais lorsque les deux arrivent à s’écouter mutuellement et à s’entraider, leur dialogue devient fascinant et fécond.

Des galaxies qui deviennent rouges ?

Comme nous le disions plus haut, au début du 20e siècle, la majorité des scientifiques était convaincue que l’univers était éternel et fixe. Mais, lorsque des astronomes découvrirent que la lumière provenant des autres galaxies se déplaçait vers le côté rouge du spectre de la lumière, et qu’ils comprirent que cela pouvait signifier que les galaxies s’éloignaient les unes des autres, le monde scientifique fut déconcerté. L’univers n’était donc pas fixe… et l’explication scientifique antérieure commençait à s’écrouler, malgré ses ardents défenseurs. Mais comment comprendre cette observation curieuse ? La tendance « rouge » de la lumière des galaxies voulait-elle vraiment dire qu’elles s’éloignaient ? Ou y avait-il une autre explication qui sauvegarderait le consensus de tant de scientifiques sur l’éternité de l’univers ?

En réponse à cette perplexité, Lemaître proposa, en 1927, une hypothèse scientifique révolutionnaire qui offrait une explication cohérente à cette nouvelle observation. Dans un article intitulé, « Un univers homogène de masse constante et de rayon croissant », il proposa que l’univers ait une masse constante et qu’il soit continuellement en expansion. Une des conséquences serait qu’en remontant le temps, on arriverait à un « début » de l’univers : un moment précis où, depuis un point central extrêmement dense et chaud, l’univers aurait commencé son expansion. C’est ce que nous appelons, depuis 1949, la théorie du « Big Bang » (le « Gros Boum »), car cette expansion ultrarapide depuis un centre ressemble à une gigantesque explosion cosmique.

Les scientifiques débattent entre eux

Cette hypothèse déclencha un énorme débat parmi les astronomes et astrophysiciens du monde entier. Certains restaient fermes dans les explications scientifiques antérieures. D’autres pensaient que la matière était continuellement en train de se créer au centre de l’univers. Comment trouver la bonne réponse, la vérité ? En continuant les observations de l’univers. Grâce à des télescopes et instruments plus précis, des astronomes comme Vesto Slipher, Milton Humason et Edwin Hubble ont pu faire des découvertes qui semblaient confirmer l’hypothèse du Big Bang. Cette nouvelle interprétation gagnait donc du terrain dans l’esprit des scientifiques et du monde entier. Mais c’est seulement en 1964 que cette hypothèse fut finalement reconnue comme une théorie fiable, grâce aux observations précises du « fond diffus cosmique » qui avait été prédit par l’hypothèse de Gamow. De nos jours, après quelques décennies, presque tous nos contemporains croient fermement à la théorie du Big Bang. Ils sont donc convaincus que l’univers a eu un début. C’est la recherche scientifique elle-même qui a donc rétabli – sur ce point précis – une certaine harmonie entre son explication sur le début de l’univers et les récits bibliques.

Science et foi réconciliées

Dans ce cas, c’est la foi chrétienne qui avait raison de dire que l’univers n’est pas éternel. Dans d’autres débats entre science et foi, c’est la théologie qui a besoin de modifier ses interprétations de la Bible face aux nouvelles découvertes scientifiques (nous verrons des cas concrets dans des articles à venir). Science et foi sont donc comme un vieux couple qui se dispute de temps à autre, mais qui, à la fin, est capable de se réconcilier, et même de s’aider mutuellement à progresser.

Une connaissance infaillible ?

Beaucoup de nos contemporains considèrent la science comme une connaissance infaillible. Mais ce n’est pas le cas. Une théorie scientifique n’est pas une vérité incontestable. Les scientifiques eux-mêmes la remettent en question. Une théorie n’est souvent qu’un modèle imparfait qui essaie de décrire ce qui existe dans la réalité. De temps à autre, une théorie scientifique qui semblait incontestable est contredite par des faits nouvellement observés. Même le plus grand scientifique peut se tromper car ses observations peuvent être imprécises ou incomplètes et, même lorsque les « faits » sont avérés, il peut mal les interpréter. Un chercheur intellectuellement honnête est toujours prêt à rectifier sa théorie, et même à la remplacer lorsqu’il se rend compte qu’elle n’explique pas assez bien la réalité. Cela fait partie de la condition humaine : nous ne sommes pas omniscients. Nous ne sommes pas Dieu. Et cette vérité s’applique également à ceux qui lisent la Bible avec foi : même si Dieu n’enseigne que la vérité, notre manière d’interpréter la Bible peut être erronée.

Nous verrons cela plus en détail dans notre prochain article, dans lequel nous chercherons également à répondre à la question : comment associer la théorie scientifique du Big Bang, qui ne parle pas de Dieu, avec la foi en la création de l’univers ? Ou, autrement dit, comme dans la bouche des enfants : « Qui a créé l’univers, Dieu ou le Big Bang ? » À suivre…