L’amour absolu pour Dieu

Soumis par Regnum Christi le lun 05/02/2018 - 12:06

Les personnes consacrées vivent selon les trois conseils évangéliques : la pauvreté, la chasteté et l’obéissance. La journée de la vie consacrée que nous célébrerons le 2 février prochain est l’occasion pour nous de méditer sur la richesse de vivre ces trois conseils, qui ne sont pas seulement réservés aux personnes consacrées. Nous découvrirons qu’ils ne sont pas une répression de quelque chose de naturel mais plutôt une forme majeure de pouvoir mieux aimer, expression privilégiée d’un amour plus absolu.

Les vœux religieux - privilège d’un amour absolu pour Dieu

Le droit de posséder est un vrai droit. Mais les personnes consacrées choisissent un engagement de pauvreté : ne pas posséder afin qu’il y ait plus de place dans leur cœur pour posséder Dieu, pour être disponible pour tout le monde. C’est beau !

L’homme a un droit, un devoir même dans la Genèse de se reproduire pour continuer l’humanité. Les personnes consacrées ont pris la décision de vivre dans la chasteté pour que toute leur affection soit tournée vers Dieu et vers toute l’humanité. C’est très beau.

Ces personnes ont une liberté que personne ne peut leur enlever. Elles ont le droit de l’autodétermination, l’un des droits fondamentaux de l’homme. Mais elles ont choisi librement de renoncer à l’autodétermination pour donner leur liberté comme un holocauste à Dieu : « C’est toi ma liberté, c’est toi mon choix total et je suis à toi. »

Finalement, ces trois vœux ne sont pas du tout une limitation à leur liberté, au contraire. Nous savons bien qu’il est ridicule de dire : « Lorsque l’on se marie, c’est une limitation car l’on renonce à toutes les autres personnes. » Tout le monde sait que le vrai enjeu de la liberté est de choisir. Ainsi on peut orienter toute sa force dans une direction.

Ces trois conseils sont l’expression privilégiée d’un amour absolu pour Dieu. Ce n’est pas une répression pour aimer moins mais une libération du cœur pour mieux aimer, pour mieux servir. Ils valent non seulement pour les personnes consacrées mais aussi pour tous. Ce que la tradition appelle « conseils évangéliques » sont, selon Benoît XVI, les trois caractéristiques qui révèlent l'attitude profonde de Jésus. Suivre le Christ signifie croître dans le partage des sentiments et dans l'assimilation du style de vie de Jésus, nous sommes donc tous invités à nous rapprocher de ce que Jésus lui-même a vécu : renoncement aux biens matériels et liberté intérieure, proximité des pauvres, dévouement pur et indivis envers les hommes, abandon à la volonté du Père. Pour les personnes consacrées et pour tous les baptisés, ces trois caractéristiques, pauvreté, chasteté et obéissance sont les « composantes déterminantes d'une vie engagée dans la suite radicale du Christ »1[1]. à nous de contempler et de réfléchir sur la manière dont nous pouvons mettre en pratique ces conseils dans notre vie.

Notre vocation, c’est le Christ

Dans une prière de notre missel nous lisons : « Dieu, regarde-nous ». Nous avons besoin d’être regardés par Dieu. « … et pour que nous ressentions l’effet de ton amour » : cela signifie pour pouvoir goûter l’amour de Dieu. « (…) accorde-nous de te servir avec un cœur sans partage ». Cela signifie que si mon cœur ne sert pas Dieu sans partage je ne connaîtrai jamais vraiment l’amour de Dieu. Et si je veux apprendre à goûter Dieu, à servir Dieu, ce sera selon la vocation personnelle de chacun. L’amour de Dieu est une promesse, Dieu est fidèle à celui qui le cherche.

Ces trois conseils évangéliques nous aident à rechercher toute notre consolation dans le Christ. Sainte Thérèse de Lisieux a dit : « L’amour se nourrit de sacrifices. Plus l’âme se refuse des satisfactions naturelles, plus sa tendresse devient forte et désintéressée. »[2]
Ce sont aussi trois conseils pour apprendre à venir en aide à ceux qui n’ont pas encore appris à aimer totalement. Un jour, un prêtre a dit à sainte Teresa : « Mère Teresa, je suis avec vous dans votre communauté et ma vocation est d’être avec les pauvres. » Mère Teresa a répondu : « Non, pas du tout, votre vocation n’est pas d’être avec les pauvres. Votre vocation est le Christ. » Notre vocation est le Christ d’abord. Notre vocation n’est pas une spécialité dans le Royaume du Christ. C’est d’abord être avec le Christ. Et si l’on est avec le Christ, notre besoin sera le Christ. Notre force sera le Christ.

Notre véritable vocation est donc de nous « conformer au Christ ». Le connaître et surtout désirer l’aimer. C’est un autre conseil évangélique. Dans le cas des personnes consacrées, cela se vit aussi dans la vie fraternelle qui est un élément essentiel pour nous. Nous ne sommes jamais seuls et c’est magnifique. Ce n’est pas toujours facile mais c’est merveilleux de savoir que l’on peut revenir à la maison et que l’on y retrouvera des confrères. Lorsque je reviens le dimanche soir, après un week-end, je retrouve les personnes que j’aime le plus et cela fait du bien. On s’aime beaucoup. C’est la vie fraternelle.

Nous vivons pour sauver les âmes mais en aidant à construire l’Église. Et comment construit-on l’Église ? Par la prière, d’abord. Puis, le témoignage personnel, qui est la charité. Et finalement, l’apostolat qui est aussi un peu la charité. C’est dans cet ordre. Saint François d’Assise demandait une fois : « Qu’est-ce que l’apostolat ? » L’apostolat peut se définir ainsi : premièrement, dire aux hommes : Dieu vous aime. C’est facile, tout le monde peut le dire. Deuxièmement, croire que Dieu aime l’autre, c’est moins facile. Je dois avoir quelque chose de grand en moi.

Vivre pour le Christ, pour un amour absolu

Demandons au Seigneur de nous conformer à lui : nos paroles, nos regards, nos réactions, notre état de vie, que la grâce du Christ nous transforme de plus en plus. Il est impossible de l’accomplir seul, d’y réussir par nos propres forces. Il faut commencer par le désirer sincèrement. Et pour y parvenir, il faut chercher des « complices ». Cela peut-être premièrement, l’adoration, il faut y consacrer du temps. Deuxièmement, l’Esprit Saint, quand nous l’écoutons dans les petites choses il pourra nous dire de grandes choses. Troisièmement, la Vierge Marie. C’est le chemin le plus facile parce qu’elle vient avec l’Esprit Saint et elle nous montre et nous donne le désir de prier.

Les personnes consacrées sont conformées au Christ grâce à l’amour qu’elles ont reçu par leurs parents, leurs familles. Une partie de cet amour de la famille est en elles. Lorsqu’elles prononcent leurs vœux, la famille est un peu en elles. Et lorsqu’elles se donnent au Christ et aux âmes, la famille est toujours en elles par l’amour qu’elles leur ont donné. Et vice-versa aussi.

Ce qui importe est d’accompagner toutes les personnes consacrées par la prière car sans cette prière nous sommes très petits et très fragiles dans notre grande famille ; nous devons nous aider les uns les autres.

Avec les personnes consacrées, contemplons les conseils évangéliques dans nos cœurs et vivons en pauvreté, chasteté et obéissance selon nos états de vie ; vivons pour cet amour absolu pour Dieu et pour les hommes.

[1] Benoît XVI, Homélie sur les conseils évangéliques, 9 septembre 2007, Vienne. 

[2] Thérèse de Lisieux : sa vie, son message, Editions Médiaspaul, Paris, p. 195