Devenus christs dans le Christ

Vendredi 29 juin 2018
Saint Pierre et saint Paul

En ce temps-là, Jésus, arrivé dans la région de Césarée-de-Philippe, demandait à ses disciples : « Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? » Ils répondirent : « Pour les uns, Jean le Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes. » Jésus leur demanda : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Alors Simon-Pierre prit la parole et dit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » Prenant la parole à son tour, Jésus lui dit : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. »

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Prière

« Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur ! » (Lc 5, 8) Ainsi te pria Simon-Pierre le premier jour quand toi, ô Jésus-Christ, tu l’as appelé à te suivre. Nonobstant, tu as voulu l’élire apôtre, pour qu’il pût devenir saint et appeler des autres à la foi, à la sainteté : « Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras ! » (Lc 5, 10)
Saint Paul confesse le même sentiment du cœur : ne pas être digne de sa vocation chrétienne. En dépit de lui et de ses histoires, ô Jésus, ton appel, ton don, ta miséricorde, ta grâce – toi, tu changes toujours la donne, voici sa confession de foi : « Je ne suis pas digne d’être appelé Apôtre, puisque j’ai persécuté l’Église de Dieu ; mais ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu, et sa grâce, venant en moi, n’a pas été stérile. » (1 Cor 15, 9-10)
Me voici, Seigneur, appelé à devenir chrétien à leur suite, malgré mes péchés ! Et Simon, et Saul, tu les as appelés par ta grâce. Notre nom « chrétien/christianus » vient du tien : « Christus/le Christ ». Moi, baptisé, je suis aussi appelé à être fils de Dieu, un autre christ ! Per Regnum Christi ad gloriam Dei !

Demande

La grâce de devenir un christ dans le Christ, « chrétien » : prêtre, prophète, roi.

Réflexion

La profession de foi de Simon fils de Yonas, « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! », aurait pu être, – l’est –, la réponse à la question, « Qui es-tu, Seigneur ? » (Ac 9, 5), de Saul de Tarse posée à Jésus sur le chemin de Damas le jour de sa conversion. Aujourd’hui nous fêtons la solennité de ces deux hommes devenus colonnes de l’Église. Et l’un et l’autre, deviendront –saint Pierre et saint Paul– apôtres du Christ, par sa grâce. Le numéro 436 du Catéchisme de l’Église catholique éclaircit cette identité messianique de notre méditation : « "Christ" vient de la traduction grecque du terme hébreu "Messie" qui veut dire "oint". Il ne devient le nom propre de Jésus que parce que celui-ci accomplit parfaitement la mission divine qu’il signifie. En effet en Israël étaient oints au nom de Dieu ceux qui lui étaient consacrés pour une mission venant de lui. C’était le cas des rois (cf. 1 S 9, 16 ; 10, 1 ; 16, 1. 12-13 ; 1 R 1, 39), des prêtres (cf. Ex 29, 7 ; Lv 8, 12) et, en de rares cas, des prophètes (cf. 1 R 19, 16). Ce devait être par excellence le cas du Messie que Dieu enverrait pour instaurer définitivement son Royaume (cf. Ps 2, 2 ; Ac 4, 26-27). Le Messie devait être oint par l’Esprit du Seigneur (cf. Is 11, 2) à la fois comme roi et prêtre (cf. Za 4, 14 ; 6, 13) mais aussi comme prophète (cf. Is 61, 1 ; Lc 4, 16-21). Jésus a accompli l’espérance messianique d’Israël dans sa triple fonction de prêtre, de prophète et de roi. » Cette clef de lecture est liée avec la deuxième du numéro 783 : « Jésus-Christ est celui que le Père a oint de l’Esprit Saint et qu’il a constitué "Prêtre, Prophète et Roi". Le Peuple de Dieu tout entier participe à ces trois fonctions du Christ et il porte les responsabilités de mission et de service qui en découlent (cf. RH 18-21). » Notre vie chrétienne s’inspire du Christ pour devenir configurés en lui.

1. Prêtrise chrétienne

Jésus, Prêtre et Victime, est « l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde » (Jn 1, 29). Un prêtre intercède devant Dieu pour les autres. Un sacrifice peut restaurer la justice selon la mesure de son acte. Jésus nous sauve, nous justifie, avec sa Justice parfaite devant le Père, sa Miséricorde débordante envers nous. Saint Pierre nous l’affirme : « Vous le savez : ce n’est pas par des biens corruptibles, l’argent ou l’or, que vous avez été rachetés de la conduite superficielle héritée de vos pères ; mais c’est par un sang précieux, celui d’un agneau sans défaut et sans tache, le Christ. » (1 P 1, 18-19) Ou bien, saint Paul confesse : « Or, la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous, alors que nous étions encore pécheurs. » (Rm 5, 8) Notre chemin de conversion nous amène du « Saul, Saul, pourquoi me persécuter ? » (Ac 9,4) de notre vie de péché jusqu’à entreprendre une vie de grâce illimitée avec l’invitation répétée, « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » (cf. Jn 21, 15-17). Le péché produit des victimes. Le prêtre-et-victime doit apprendre à s’offrir en holocauste pour sauver du péché ce qui sera le fruit de la charité. Jésus veut configurer la vie, la prêtrise de Simon et de Saul à sa vie, à sa prêtrise : il dit à saint Pierre après sa Résurrection, « "Amen, amen, je te le dis : quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller là où tu voulais ; quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller" (…) Jésus disait cela pour signifier par quel genre de mort Pierre rendrait gloire à Dieu ; sur ces mots, il lui dit : "Suis-moi." » (Jn 21, 18-19) ; il dit la même chose de saint Paul, dès le jour de son baptême, « Moi, je lui montrerai tout ce qu’il lui faudra souffrir pour mon nom ! » (Ac 9, 16)

2. Prophétie chrétienne

Jésus-Christ est le Verbe de Dieu fait chair (cf. Jn 1, 14) qui nous incarne le sens ultime de l’existence humaine : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle ! » (Jn 6, 68) dira Simon-Pierre ; « En effet, pour moi, vivre c’est le Christ, et mourir est un avantage » (Ph 1, 21) sera le condensé offert par saint Paul de sa vie enracinée dans le Christ. La prophétie interprète soit l’avenir, soit le présent, soit le passé. La question de notre Évangile, « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » veut oindre l’intelligence des croyants de la connaissance de Dieu, fruit d’un acte de reconnaissance, acte prophétique quand Jésus fait jaillir notre profession de foi au temps présent, « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » Nous devenons consacrés à lui par une telle profession de foi. Jésus bénit prophétiquement le moment où nous devenons fils dans le Fils, christs dans le Christ : « Heureux es-tu, (…) ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. » Telle consécration recouvre notre passé, « Simon fils de Yonas », transfigure notre présent, « Tu es Pierre », et crée un héritage éternel pour l’avenir, « sur cette pierre je bâtirai mon Église ». Ou bien, saint Paul résume ce processus qui passe du péché à la grâce, de la mort à la vie, des temps passés à l’éternité, notre vie de christs dans le Christ : « Pensez aux réalités d’en haut, non à celles de la terre ; en effet, vous êtes passés par la mort, et votre vie reste cachée avec le Christ en Dieu ; quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui dans la gloire. » (Col 3, 2-4)

3. Royauté chrétienne

Le Christ-Roi proclame à Simon-Pierre, son Vicaire : « Je te donnerai les clés du royaume des Cieux. » En bref : une prêtrise, prophétie, royauté ensemble. Pour sa part, saint Paul récapitule le fruit de notre vie chrétienne ainsi : « Voici une parole digne de foi : si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons ; si nous supportons l’épreuve, avec lui nous régnerons. » (2 T 2, 11-12) Prêtre, prophète et roi, – les clés du Royaume en main –, saint Pierre proclamera à toute personne qui sera baptisée dans le nom de Jésus, « Mais vous, vous êtes une descendance choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple destiné au salut, pour que vous annonciez les merveilles de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière. Autrefois vous n’étiez pas un peuple, mais maintenant vous êtes le peuple de Dieu ; vous n’aviez pas obtenu miséricorde, mais maintenant vous avez obtenu miséricorde. » (1 P 2, 9-10) Aimerai-je alors le Christ et son peuple, tant aimés par lui et son Père ?

Dialogue avec le Christ

Ô Christ, tu as les paroles de vie éternelle ! Tu m’appelles à ta suite : de mon péché à ta grâce ; de mon ignorance à la connaissance de Dieu ; de ma faiblesse à la puissance de mon identité chrétienne ; de ma solitude à ton peuple saint ; de ma perte à la mission de vivre et proclamer ton amour !

Résolution

Comme un roi, accomplir librement une responsabilité avec justice ; comme un prophète, donner un témoignage authentique par mes paroles ; comme un prêtre, servir gratuitement quelqu’un qui ne mérite pas forcément ce que l’on demande. Faire le bien, bénir, pardonner !

Méditations: Regnum Christi 
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